____________________III e République (1875-1940)

 

 

Construit sur les décombres du second Empire et dotée d'une constitution provisoire, la troisième République détient à ce jour le record de longévité dans l'histoire de France (65 ans).

Le régime a résisté à de multiples crises politiques et sociales et survécu à une guerre, mais l'instabilité de ses structures exécutives et le second conflit mondial ont fini par avoir raison de lui.

Un gouvernement provisoire en attendant la consolidation démocratique

Déjà fortement libéralisé durant la décennie 1860, le Second Empire ne survit pas à la défaite de Sedan, le 2 septembre 1870. Deux jours plus tard, la République est proclamée et un Gouvernement Provisoire de la Défense Nationale est formé pour faire face à l'invasion prussienne. Par réaction à la brève mais sanglante expérience révolutionnaire de la Commune de Paris (26 mars - 26 mai 1871), une Assemblée nationale à forte majorité monarchiste est élue au suffrage universel le 8 février 1871: celle-ci, dite "République des Ducs" élit Adolphe Thiers comme "chef provisoire du pouvoir exécutif de la République française.

La construction mouvementée du nouveau régime

C'est finalement la division du camp anti-républicain (monarchistes légitimistes ou orléanistes, bonapartistes) qui va conduire, par lassitude et au terme de nombreuses péripéties, à l'adoption en 1875 de trois lois constitutionnelles instaurant de fait la troisième République.

La loi constitutionnelle du 24 février 1875 relative à l'organisation du Sénat, celle du 25 février sur l'organisation des pouvoirs publics et celle du 16 juillet sur les rapports entre les pouvoirs publics consacrent donc le retour à "ce régime qui divise le moins" (A. Thiers).

Élaborées en fonction des circonstances, ces dispositions constitutionnelles établissent pourtant un régime de séparation des pouvoirs équilibré: le pouvoir législatif se partage entre deux assemblées (la Chambre des députés, élue pour quatre ans au suffrage universel et le Sénat, élu au suffrage indirect). Le gouvernement, nommé par le président de la République, est responsable devant la Chambre des députés. Le chef de l'État, élu pour sept ans par le Parlement, détient le pouvoir exécutif et peut dissoudre la Chambre.

Une grave crise politique, celle du 16 mai 1877, va cependant bouleverser la nature des rapports institutionnels de la Troisième République: le Maréchal de Mac-Mahon, président monarchiste en butte à l'hostilité de la Chambre des députés tenue par les républicains, dissout celle-ci dans l'espoir que la composition de la nouvelle chambre élue lui soit plus favorable.

La majorité républicaine est cependant reconduite, obligeant dès lors Mac-Mahon à "se soumettre ou se démettre", selon le mot de Gambetta. Le président finit par démissionner en janvier 1879. Son successeur Jules Grévy (1879-1887) adopte une pratique minimaliste de ses prérogatives présidentielles, renonçant en particulier à l'usage du désormais trop controversé droit de dissolution. Le régime prend définitivement son caractère parlementaire qu'il conservera jusqu'à la fin.

Un régime politique controversé

L'incapacité d'un paysage politique dominé par le radicalisme à se structurer en un système partisan cohérent, que ne compense guère l'emploi d'un mode de scrutin majoritaire à deux tours, aura pour conséquence une instabilité ministérielle chronique tout au long des 65 années que durera le régime: ainsi ne comptera-t-on pas moins de 101 coalitions gouvernementales entre 1876 et 1940! Ce phénomène a pour conséquence prévisible un certain immobilisme que l'on ne manquera pas de reprocher par la suite à la "République des notables". Après la chute du gouvernement de Jules Ferry en 1885, le général Boulanger, ministre de la Guerre, réunit les mécontents dans un mouvement nationaliste antiparlementaire qui menace un temps la République. C'est aussi, en 1894, la condamnation à tort, pour espionnage, du capitaine Dreyfus - lequel fut gracié puis réhabilité en 1906 - qui divisa profondément la société française.

Le mouvement républicain continue néanmoins son oeuvre réformiste avec un certain nombre de réformes fondamentales telles que la création de l'école laïque gratuite et obligatoire (1880-1881), le rétablissement et le renforcement des libertés publiques ou encore la séparation de l'Église et de l'État (1905), qui contribueront à l'enracinement des valeurs républicaines.

La Première Guerre mondiale

Lorsque la France s'engage dans le premier conflit mondial, ses dirigeants croient en une victoire rapide sur l'ennemi. Mais au bout de quelques mois, le conflit s'enlise dans une guerre de tranchées interminable. L'intervention américaine en 1917 fait définitivement pencher la balance en faveur des Alliés. Après l'euphorie de la victoire survient la crise économique de 1929. L'avènement du Front populaire en 1936, sous la conduite de Léon Blum, se traduit par de grandes réformes sociales (accords de Matignon).

La rupture fatale de 1940

La défaite de mai-juin 1940 entraîne dans son sillage les institutions de la troisième République: le 17 juin, le Maréchal Pétain est nommé chef du gouvernement par le président Albert Lebrun. Par la loi constitutionnelle du 10 juillet 1940, l'Assemblée nationale "donne tous les pouvoirs au gouvernement de la République sous l'autorité et la signature du Maréchal Pétain" pour élaborer et promulguer "une nouvelle constitution de l'État français".

Le régime autoritaire de Vichy est né, les lois républicaines ont vécu (adoption notamment des lois raciales du 3 octobre 1940 et du 2 juin 1941) et cèdent la place pour quatre ans à la devise "Travail, Famille, Patrie".

Un conflit de légitimité va cependant naître avec l'appel du 18 juin 1940 par lequel le général de Gaulle, refusant l'armistice et le caractère inexorable de la défaite, exhorte les Français à poursuivre la lutte contre l'envahisseur allemand. Réunissant les Français Libres basés à Londres et les différents mouvements de la Résistance intérieure, le Conseil National de la Résistance (CNR), fondé en 1943, prépare le retour des valeurs républicaines et jette les bases des grandes réformes économiques et sociales de la Libération.


1892 Groupe de la Gauche démocratique
1907 Groupe de la Gauche démocratique radicale et radicale-socialiste

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