Construit
sur les décombres du second Empire et dotée d'une
constitution provisoire, la troisième République détient
à ce jour le record de longévité dans l'histoire
de France (65 ans).
Le régime a résisté à de multiples
crises politiques et sociales et survécu à une guerre,
mais l'instabilité de ses structures exécutives et
le second conflit mondial ont fini par avoir raison de lui.
Un
gouvernement provisoire en attendant la consolidation démocratique
Déjà
fortement libéralisé durant la décennie 1860,
le Second Empire ne survit pas à la défaite de Sedan,
le 2 septembre 1870. Deux jours plus tard, la République
est proclamée et un Gouvernement Provisoire de la Défense
Nationale est formé pour faire face à l'invasion prussienne.
Par réaction à la brève mais sanglante expérience
révolutionnaire de la Commune de Paris (26 mars - 26 mai
1871), une Assemblée nationale à forte majorité
monarchiste est élue au suffrage universel le 8 février
1871: celle-ci, dite "République des Ducs" élit
Adolphe Thiers comme "chef provisoire du pouvoir exécutif
de la République française.
La
construction mouvementée du nouveau régime
C'est
finalement la division du camp anti-républicain (monarchistes
légitimistes ou orléanistes, bonapartistes) qui va
conduire, par lassitude et au terme de nombreuses péripéties,
à l'adoption en 1875 de trois lois constitutionnelles instaurant
de fait la troisième République.
La
loi constitutionnelle du 24 février 1875 relative à
l'organisation du Sénat, celle du 25 février sur l'organisation
des pouvoirs publics et celle du 16 juillet sur les rapports entre
les pouvoirs publics consacrent donc le retour à "ce
régime qui divise le moins" (A. Thiers).
Élaborées
en fonction des circonstances, ces dispositions constitutionnelles
établissent pourtant un régime de séparation
des pouvoirs équilibré: le pouvoir législatif
se partage entre deux assemblées (la Chambre des députés,
élue pour quatre ans au suffrage universel et le Sénat,
élu au suffrage indirect). Le gouvernement, nommé
par le président de la République, est responsable
devant la Chambre des députés. Le chef de l'État,
élu pour sept ans par le Parlement, détient le pouvoir
exécutif et peut dissoudre la Chambre.
Une
grave crise politique, celle du 16 mai 1877, va cependant bouleverser
la nature des rapports institutionnels de la Troisième République:
le Maréchal de Mac-Mahon, président monarchiste en
butte à l'hostilité de la Chambre des députés
tenue par les républicains, dissout celle-ci dans l'espoir
que la composition de la nouvelle chambre élue lui soit plus
favorable.
La
majorité républicaine est cependant reconduite, obligeant
dès lors Mac-Mahon à "se soumettre ou se démettre",
selon le mot de Gambetta. Le président finit par démissionner
en janvier 1879. Son successeur Jules Grévy (1879-1887) adopte
une pratique minimaliste de ses prérogatives présidentielles,
renonçant en particulier à l'usage du désormais
trop controversé droit de dissolution. Le régime prend
définitivement son caractère parlementaire qu'il conservera
jusqu'à la fin.
Un
régime politique controversé
L'incapacité
d'un paysage politique dominé par le radicalisme à
se structurer en un système partisan cohérent, que
ne compense guère l'emploi d'un mode de scrutin majoritaire
à deux tours, aura pour conséquence une instabilité
ministérielle chronique tout au long des 65 années
que durera le régime: ainsi ne comptera-t-on pas moins de
101 coalitions gouvernementales entre 1876 et 1940! Ce phénomène
a pour conséquence prévisible un certain immobilisme
que l'on ne manquera pas de reprocher par la suite à la "République
des notables". Après la chute du gouvernement de Jules
Ferry en 1885, le général Boulanger, ministre de la
Guerre, réunit les mécontents dans un mouvement nationaliste
antiparlementaire qui menace un temps la République. C'est
aussi, en 1894, la condamnation à tort, pour espionnage,
du capitaine Dreyfus - lequel fut gracié puis réhabilité
en 1906 - qui divisa profondément la société
française.
Le
mouvement républicain continue néanmoins son oeuvre
réformiste avec un certain nombre de réformes fondamentales
telles que la création de l'école laïque gratuite
et obligatoire (1880-1881), le rétablissement et le renforcement
des libertés publiques ou encore la séparation de
l'Église et de l'État (1905), qui contribueront à
l'enracinement des valeurs républicaines.
La
Première Guerre mondiale
Lorsque
la France s'engage dans le premier conflit mondial, ses dirigeants
croient en une victoire rapide sur l'ennemi. Mais au bout de quelques
mois, le conflit s'enlise dans une guerre de tranchées interminable.
L'intervention américaine en 1917 fait définitivement
pencher la balance en faveur des Alliés. Après l'euphorie
de la victoire survient la crise économique de 1929. L'avènement
du Front populaire en 1936, sous la conduite de Léon Blum,
se traduit par de grandes réformes sociales (accords de Matignon).
La
rupture fatale de 1940
La
défaite de mai-juin 1940 entraîne dans son sillage
les institutions de la troisième République: le 17
juin, le Maréchal Pétain est nommé chef du
gouvernement par le président Albert Lebrun. Par la loi constitutionnelle
du 10 juillet 1940, l'Assemblée nationale "donne tous
les pouvoirs au gouvernement de la République sous l'autorité
et la signature du Maréchal Pétain" pour élaborer
et promulguer "une nouvelle constitution de l'État français".
Le
régime autoritaire de Vichy est né, les lois républicaines
ont vécu (adoption notamment des lois raciales du 3 octobre
1940 et du 2 juin 1941) et cèdent la place pour quatre ans
à la devise "Travail, Famille, Patrie".
Un
conflit de légitimité va cependant naître avec
l'appel du 18 juin 1940 par lequel le général de Gaulle,
refusant l'armistice et le caractère inexorable de la défaite,
exhorte les Français à poursuivre la lutte contre
l'envahisseur allemand. Réunissant les Français Libres
basés à Londres et les différents mouvements
de la Résistance intérieure, le Conseil National de
la Résistance (CNR), fondé en 1943, prépare
le retour des valeurs républicaines et jette les bases des
grandes réformes économiques et sociales de la Libération.
1892 Groupe de la Gauche démocratique
1907 Groupe de la Gauche démocratique radicale et radicale-socialiste
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