Fondées par le général de Gaulle, dont le
nom est désormais gravé dans l'histoire, les institutions
de la Ve République présentent les qualités
de stabilité, d'ouverture et souplesse qui leur ont permis
de s'adapter sans heurts.
De nouvelles institutions pour un régime stabilisé
La Constitution de la Ve République institue un régime
parlementaire doté d'un executif fort. Elle confie au président
de la République, élu au suffrage universel direct
depuis 1962, le soin de veiller au fonctionnement régulier
des pouvoirs publics et d'assurer la continuité de l'État.
Il préside le Conseil des ministres et nomme le chef du
Gouvernement. Deuxième pôle du pouvoir exécutif,
après le président de la République, le Gouvernement
détermine et conduit la politique de la nation. Quant au
pouvoir législatif, il comprend deux chambres aux pouvoirs
inégaux: l'Assemblée nationale et le Sénat.
L'autorité judiciaire, dont l'indépendance est garantie
par le président de la République, assure le rôle
de gardienne de la liberté individuelle. Enfin, une importante
innovation de la Constitution réside dans la création
du Conseil Constitutionnel. Cette juridiction, composée
de neuf membres, contrôle la conformité des lois
à la Constitution qui lui sont déférées.
La République gaullienne
Le gouvernement formé le 1er juin 1958 par le général
de Gaulle, dernier président du Conseil de la IVe République,
élabore dès son entrée en fonction un projet
de Constitution. Le texte est approuvé par référendum
le 28 septembre par 79% des Français.
Élu président de la République le 21 décembre
1958, Charles de Gaulle désigne aussitôt Michel Debré
Premier ministre. La décolonisation est le premier dossier
majeur auquel le pouvoir est confronté. Le général
de Gaulle proclame le recours à l'autodétermination
de l'Algérie le 16 septembre 1959. Les partisans de l'Algérie
française réagissent violemment ("semaine des
barricades", 24 janvier - 1er février 1960 et "putsch
des généraux", 22-25 avril 1961). Malgré
les actes terroristes de l'Organisation Armée Secrète,
les négociations avec le Front de Libération Nationale
aboutissent à la reconnaissance de l'indépendance
de l'Algérie par la France lors de la conférence
d'Evian (18 mars 1962).
La création de la force de frappe atomique (en 1960) pour
assurer l'autonomie de décision de notre défense
nationale et l'affirmation d'une Europe des États sont
les deux traits marquants de l'action du général
de Gaulle dans le domaine de la politique étrangère.
Sur le plan institutionnel, après que Georges Pompidou
ait remplacé Michel Debré à la tête
du gouvernement, le général de Gaulle propose au
pays de modifier la Constitution par référendum
pour faire en sorte que le président de la République
soit élu au suffrage universel direct. Le oui l'emporte
avec 62,25% des voix le 28 octobre 1962. La première élection
présidentielle au suffrage universel direct, le 19 décembre
1965, voit le général de Gaulle l'emporter au second
tour (55,19% des voix).
La politique internationale demeure au coeur des préoccupations
du chef de l'État, notamment dans son volet européen.
Après avoir refusé une première fois en 1963
l'entrée de la Grande-Bretagne dans le Marché commun,
le général de Gaulle retire les forces françaises
du commandement intégré de l'OTAN (7 mars 1966).
Les " événements " de mai 1968, déclenchés
par une révolte étudiante et plus largement par
une aspiration confuse à un changement de la société,
interviennent à la surprise générale. Des
grèves paralysent le pays, poussant le gouvernement à
engager de vastes négociations sociales (accords de Grenelle).
Le président de la République décide d'en
appeler au peuple pour élire une nouvelle Assemblée
nationale qui voit le succès d'une forte majorité
gaulliste. Le président de la République nomme Maurice
Couve de Murville Premier ministre. Moins d'un an plus tard, il
décide de soumettre au référendum un projet
de régionalisation qui comporte également une profonde
réforme du Sénat. Le 27 avril 1969, les 53,3% de
non le conduisent à cesser d'exercer ses fonctions. Il
se retire de la vie politique à Colombey-les-deux-Églises,
où il s'éteint le 9 novembre 1970.
Les années 70, l'ère de la modernité
L'élection présidentielle pour la succession de
Charles de Gaulle (15 juin 1969) permet à l'ancien Premier
ministre Georges Pompidou d'accéder à la magistrature
suprême avec 58,21% des suffrages. Il nomme Jacques Chaban-Delmas
à la tête du gouvernement, qui propose au pays le
projet de " nouvelle société ". Dans l'opposition,
l'alliance des partis de gauche se concrétise le 27 juin
1972 sous la forme d'un " Programme d'action de gouvernement
". Pierre Messmer est nommé Premier ministre le 5
juillet 1972.
Mis à part le référendum ratifiant l'entrée
de la Grande-Bretagne dans la CEE (1972), le président
de la République poursuit les grandes orientations de la
politique étrangère de son prédécesseur.
Le contexte international demeure tendu (guerre israélo-arabe
en 1973) tandis que l'état de santé de Georges Pompidou
s'aggrave.
Après le décès du président de la
République, le 2 avril 1974, l'élection présidentielle
des 5 et 19 mai voit le ministre des Finances, Valéry Giscard
d'Estaing, l'emporter face à François Mitterrand,
avec 50,81% des voix au second tour. Le nouveau président
de la République désigne Jacques Chirac, l'ancien
ministre de l'Intérieur, au poste de Premier ministre.
Les dissensions politiques et les difficultés engendrées
par la détérioration de la conjoncture économique
entraînent une crise symbolisée par la démission
du chef du Gouvernement le 25 août 1976. Celui-ci fonde
un nouveau mouvement, succédant à l'UDR, le Rassemblement
pour la République. Le nouveau gouvernement est dirigé
par Raymond Barre, qui prend parallèlement en charge le
portefeuille de l'Économie et des Finances.
Le président de la République poursuit pour l'essentiel
la politique étrangère de ses prédécesseurs.
Au niveau communautaire, il contribue à la création
du Conseil européen et maintient l'indépendance
de la dissuasion nucléaire.
Les années 80 : le début de l'alternance
politique
L'élection présidentielle du 10 mai 1981 marque
la première véritable alternance politique depuis
la création de la Ve République. François
Mitterrand l'emporte au second tour (avec 51,75% des suffrages)
devant le président sortant. Après la dissolution
de l'Assemblée Nationale, les élections législatives
de juin 1981 lui apporte une majorité absolue. Il nomme
Pierre Mauroy à la tête d'un gouvernement socialiste
qui comprend plusieurs ministres communistes. Le nouveau gouvernement
adopte plusieurs mesures promises par le candidat socialiste (cinquième
semaine de congés payés, nationalisations, ...)
mais dès juin 1982, les difficultés économiques
imposent un changement de cap complet et le retour d'une politique
de rigueur fondée sur le maintien de grands équilibres.En
désaccord avec la nouvelle politique, les communistes quittent
le gouvernement.
Les élections législatives, organisées en
mars 1986 amènent au pouvoir une majorité parlementaire
UDF-RPR. Le chef de l'État confie à Jacques Chirac
le soin de former un nouveau gouvernement, qui engage une politique
libérale marquée notamment par la privatisation
d'un certain nombre d'entreprises nationalisées pendant
la première partie du septennat. C'est la période
de " cohabitation ".
François Mitterrand est élu pour un second mandat
le 8 mai 1988 (avec 54% des voix) et désigne Michel Rocard
à la tête du gouvernement. Le déclenchement
de la guerre du Golfe, en janvier 1991, entraîne un rapprochement
temporaire des forces politiques. Edith Cresson est nommée
Premier ministre le 15 mai 1991 (c'est la première femme
à accéder à cette fonction). Elle est remplacée
par Pierre Bérégovoy le 2 avril 1992. Le 20 septembre,
avant l'alternance annoncée des législatives, les
Français ratifient le traité de Maastricht à
51,04% dans un contexte politique divisé jusqu'à
l'intérieur des partis.
Édouard Balladur devient Premier ministre en mars 1993
pour une nouvelle période de cohabitation.
L'élection de Jacques Chirac au seuil du
quarantième anniversaire de la Ve République
Au scrutin du 7 mai 1995, Jacques Chirac est élu président
de la République par 52,64% des suffrages. Il nomme Alain
Juppé à la tête du Gouvernement.
Un nouveau gouvernement conduit par Alain Juppé se met
en place le 7 novembre 1995. Le 9 janvier 1996, François
Mitterrand disparaît.